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Les bibliothèques départementales, le réseau invisible

Rayonnages et postes informatiques d'une bibliothèque
Photo : Gunnar Ridderström (Pexels)

Si la bibliothèque de votre village de 800 habitants propose les nouveautés du moment, ce n’est presque jamais parce qu’elle les a achetées. C’est parce qu’une bibliothèque départementale les lui a prêtées. Elles sont 66 recensées dans cet annuaire, elles ne s’adressent jamais au public, et elles font tenir debout une grande partie du réseau français.

Un service qui ne reçoit pas de lecteurs

C’est le point qui surprend le plus : on ne peut pas s’inscrire dans une bibliothèque départementale. Ce n’est pas un lieu de lecture publique mais un service du conseil départemental, dont les usagers sont les communes, pas les habitants.

Longtemps appelées bibliothèques départementales de prêt, d’où le sigle BDP encore très employé, elles ont été créées en 1945 pour desservir les communes rurales. Transférées aux départements en 1986, elles ont progressivement élargi leur mission au-delà du seul prêt de documents.

Ce qu’elles font concrètement

  • Elles prêtent des documents en masse aux bibliothèques communales, par rotations régulières. Une petite bibliothèque peut ainsi renouveler plusieurs centaines d’ouvrages par an sans les acheter.
  • Elles acheminent par navette ou par bibliobus, ce véhicule aménagé qui dessert encore les communes les plus isolées.
  • Elles forment les équipes, salariées comme bénévoles, au catalogage, à l’accueil, à l’animation ou au numérique.
  • Elles financent une partie des équipements, du mobilier et de l’informatique des bibliothèques communales.
  • Elles portent les ressources numériques mutualisées : presse en ligne, livres numériques, autoformation, accessibles depuis chez soi avec la carte de sa bibliothèque locale.

Ce dernier point mérite d’être connu : de nombreux usagers ignorent qu’ils ont accès, via leur petite bibliothèque municipale, à une bibliothèque numérique départementale dont le catalogue dépasse largement les rayonnages qu’ils ont sous les yeux.

Des collections considérables

ÉtablissementCommuneDépartementLivres
Médiathèque départementale de prêt à TruchtersheimTruchtersheimBas-Rhin454 548
Bibliothèque départementale de prêt des Bouches-du-Rhône à MarseilleMarseilleBouches-du-Rhône314 988
Bibliothèque départementale de prêt de la Charente Maritime à SaintesSaintesCharente-Maritime307 934
Bibliothèque départementale de la Somme à AmiensAmiensSomme291 167
Bibliothèque départementale de l’Oise à BeauvaisBeauvaisOise288 961
Les bibliothèques départementales aux plus grandes collections. Source : Ministère de la Culture.

Ces volumes placent certaines bibliothèques départementales au niveau des plus grandes bibliothèques municipales de France, alors même qu’aucun lecteur individuel n’y met les pieds. La médiathèque départementale du Bas-Rhin, installée à Truchtersheim, déclare 454 548 livres : c’est davantage que la bibliothèque centrale de nombreuses grandes villes.

La logique est différente de celle d’une bibliothèque de lecture publique : il ne s’agit pas de présenter une offre à un public sur place, mais de disposer d’un réservoir suffisamment profond pour alimenter en rotation des dizaines, parfois des centaines de points de lecture.

Pourquoi elles comptent autant

Le réseau français est fait de très petits équipements. Dans les communes de moins de 2 000 habitants, une bibliothèque ouvre en moyenne 10,9 heures par semaine et dispose de moyens d’acquisition modestes. Sans apport extérieur, son fonds vieillirait sur place.

C’est exactement le rôle de la bibliothèque départementale : elle transforme un budget communal limité en une offre renouvelée. Elle explique aussi pourquoi certains départements ruraux affichent de bons résultats sur des indicateurs comme l’équipement numérique, là où la géographie ne le laissait pas présager.

Elles portent également les politiques de lecture auprès des publics empêchés : établissements pénitentiaires, maisons de retraite, hôpitaux, services de protection maternelle et infantile.

Questions fréquentes

Peut-on emprunter dans une bibliothèque départementale ?

Non. Les bibliothèques départementales ne s’adressent pas aux particuliers. Leurs usagers sont les bibliothèques communales de leur territoire. Pour emprunter, il faut passer par la bibliothèque de sa commune, qui elle-même se fournit en partie auprès du département.

Quelle différence entre une BDP et une bibliothèque municipale ?

La bibliothèque municipale accueille le public et prête aux habitants. La bibliothèque départementale, anciennement BDP, approvisionne les bibliothèques communales, forme leurs équipes et finance une partie de leurs équipements, sans jamais recevoir de lecteurs individuels.

Combien y a-t-il de bibliothèques départementales en France ?

Cet annuaire en recense 66, auxquelles s’ajoutent des annexes territoriales. Chaque département en compte en principe une, parfois répartie sur plusieurs sites pour réduire les distances de desserte.

Qu’est-ce qu’un bibliobus ?

C’est un véhicule aménagé en bibliothèque mobile, exploité le plus souvent par une bibliothèque départementale. Il dessert les communes sans équipement fixe, ou achemine les rotations de documents vers les bibliothèques communales.

Méthodologie et sources

Les chiffres proviennent de l’enquête annuelle du Ministère de la Culture « Les bibliothèques des collectivités territoriales : adresses et données d’activité », publiée sur data.gouv.fr sous Licence Ouverte, rapprochée des 6 268 établissements de cet annuaire.

Le décompte de 66 bibliothèques départementales porte sur les seules fiches de cet annuaire dont le statut est documenté, et ne recense donc pas l’intégralité du réseau national. Les volumes de collections sont ceux déclarés par les établissements pour leur dernier exercice. Les missions décrites ne proviennent pas de l’enquête mais du cadre réglementaire de la lecture publique départementale.

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