Qui fait tourner les bibliothèques françaises ? 17 726 bénévoles

Les bibliothèques municipales françaises déclarent 19 103 salariés et 17 726 bénévoles. Le rapport est presque de un pour un. Et dans 707 établissements, il n’y a aucun salarié : la bibliothèque ouvre uniquement parce que des habitants ont décidé de la tenir.
Presque autant de bénévoles que de salariés
| Effectifs déclarés | Total | Établissements concernés | Moyenne |
|---|---|---|---|
| Salariés | 19 103 | 3 636 | 5 |
| Bénévoles | 17 726 | 2 274 | 8 |
Le chiffre le plus révélateur est la moyenne : les établissements qui recourent au bénévolat en comptent 8 en moyenne, contre 5 salariés pour ceux qui en emploient. Là où il existe, le bénévolat n’est donc pas un appoint marginal, c’est l’équipe principale.
Il faut lire ces totaux avec prudence : un bénévole ne travaille pas un temps plein. Mais le nombre de personnes mobilisées dit quelque chose du modèle français de lecture publique, qui repose bien plus qu’on ne le croit sur l’engagement associatif.
Un basculement autour de 10 000 habitants
| Population de la commune | Bénévoles en moyenne | Salariés en moyenne | Établissements avec bénévoles |
|---|---|---|---|
| Moins de 2 000 habitants | 6,9 | 1,3 | 1 124 |
| 2 000 à 10 000 habitants | 8,8 | 3,0 | 1 070 |
| 10 000 à 50 000 habitants | 6,2 | 10,7 | 78 |
| Plus de 50 000 habitants | 10,0 | 14,2 | 1 |
Le basculement est net. Dans les communes de moins de 2 000 habitants, on compte près de sept bénévoles pour un salarié. Au-dessus de 10 000 habitants, le rapport s’inverse : dix salariés pour six bénévoles. Et au-delà de 50 000, le bénévolat disparaît presque complètement des déclarations.
Cette bascule explique beaucoup d’autres chiffres du réseau. Si une bibliothèque de village ouvre 10,9 heures par semaine quand une bibliothèque de grande ville en ouvre 30,1, ce n’est pas d’abord une question de budget documentaire : c’est qu’on ne demande pas à une équipe bénévole d’assurer une rotation sur six jours.
707 bibliothèques sans aucun salarié
C’est le chiffre le plus frappant de cette enquête. 707 établissements déclarent des bénévoles et aucun salarié. Aucun agent communal, aucun contrat : l’ouverture repose entièrement sur des habitants qui donnent leur temps.
Certaines communes poussent l’engagement très loin. Les équipes les plus nombreuses recensées dans cet annuaire :
| Établissement | Commune | Bénévoles |
|---|---|---|
| Médiathèque municipale le Passe-Muraille à Saint-Julien-de-Concelles | Saint-Julien-de-Concelles | 60 |
| Médiathèque municipale de Joyeuse | Joyeuse | 55 |
| Bibliothèque municipale de Thouaré-sur-Loire | Thouaré-sur-Loire | 48 |
| Biliotheque municipale à Lampaul-Plouarzel | Lampaul-Plouarzel | 47 |
Soixante bénévoles pour une bibliothèque de commune, c’est l’équivalent d’une association sportive de taille respectable, mobilisée autour du livre.
Ce que font les bénévoles
Le bénévolat en bibliothèque n’est pas qu’une présence au bureau de prêt. Il recouvre l’essentiel des tâches d’un établissement :
- Accueil et prêt, avec la tenue des permanences d’ouverture.
- Équipement des documents : couverture, cotation, rangement.
- Sélection et acquisitions, souvent en lien avec la bibliothèque départementale.
- Animations : heure du conte, clubs de lecture, accueil de classes.
- Gestion des rotations avec le département, qui représente plusieurs centaines de documents par an.
Les bibliothèques départementales assurent d’ailleurs la formation de ces équipes : catalogage, accueil des publics, animation, outils numériques. C’est une part importante de leur mission, et elle explique la qualité de service que l’on trouve dans des communes qui n’ont pourtant aucun professionnel.
Une force et une fragilité
Ce modèle a une vertu évidente : il permet à des milliers de communes d’avoir une bibliothèque là où aucun budget ne financerait un poste. Il ancre aussi l’équipement dans la vie locale.
Il a une fragilité tout aussi évidente : il dépend de quelques personnes. Le départ de deux ou trois bénévoles peut réduire les horaires, voire fermer un établissement. C’est l’une des raisons pour lesquelles les politiques publiques de lecture cherchent depuis plusieurs années à professionnaliser au moins partiellement les petites structures, sans pour autant se priver de l’engagement associatif.
Si vous souhaitez rejoindre une équipe, le plus simple est de contacter directement l’établissement de votre commune. Les fiches de cet annuaire indiquent le téléphone et le site officiel lorsqu’ils ont été déclarés.
Questions fréquentes
Combien de bénévoles font fonctionner les bibliothèques françaises ?
17 726 bénévoles sont déclarés par 2 274 établissements, contre 19 103 salariés déclarés par 3 636 établissements. Le rapport est presque de un pour un à l’échelle du réseau.
Existe-t-il des bibliothèques tenues uniquement par des bénévoles ?
Oui, et elles sont nombreuses : 707 établissements déclarent des bénévoles et aucun salarié. Ce sont presque toujours des bibliothèques de communes rurales.
Comment devenir bénévole en bibliothèque ?
En contactant directement la bibliothèque de sa commune, ou la mairie. Aucun diplôme n’est requis : la formation est assurée par la bibliothèque départementale, qui propose catalogage, accueil des publics, animation et outils numériques.
Pourquoi les petites bibliothèques ouvrent-elles moins ?
Parce que l’effectif ne le permet pas. Dans les communes de moins de 2 000 habitants, on compte 6,9 bénévoles pour 1,3 salarié en moyenne, et l’amplitude d’ouverture s’établit à 10,9 heures par semaine, contre 30,1 heures au-dessus de 100 000 habitants.
Méthodologie et sources
Les chiffres proviennent de l’enquête annuelle du Ministère de la Culture « Les bibliothèques des collectivités territoriales : adresses et données d’activité », publiée sur data.gouv.fr sous Licence Ouverte, rapprochée des 6 268 établissements de cet annuaire.
Les totaux portent sur les seuls établissements ayant renseigné le champ concerné : 2 274 pour les bénévoles, 3 636 pour les salariés. Les totaux nationaux réels sont donc supérieurs. L’enquête compte des personnes, pas des équivalents temps plein : un bénévole peut donner deux heures par semaine comme vingt. Le décompte des 707 établissements sans salarié retient les fiches déclarant au moins un bénévole et aucun salarié, ce qui inclut peut-être des établissements ayant simplement laissé le champ vide.
